Le Pharaon, le Sauvage et la Princesse
Dans une séquence du film d’animation Le Pharaon, le Sauvage et la Princesse, le réalisateur Michel Ocelot nous entraîne au cœur d’un imaginaire inspiré de l’Égypte antique. L’image évoque immédiatement les grandes civilisations du Nil : temples monumentaux, figures royales et présence constante du sacré. Le style graphique, très épuré, s’appuie sur des couleurs lumineuses et des formes stylisées qui rappellent les fresques et les motifs décoratifs égyptiens Les silhouettes, souvent de profil, adoptent une composition hiératique qui évoque l’esthétique des bas-reliefs antiques.
Les vêtements des personnages et des dieux renforcent cette immersion. Ils portent tuniques et tissus légers inspirés de l’époque, aussi ornés de bijoux ou de colliers larges qui traduisent du rang social et royal. Le maquillage est également très marqué, notamment autour des yeux avec un trait noir rappelant le khôl utilisé par les Égyptiens. Ce maquillage avait une fonction esthétique mais aussi protectrice contre le soleil et la poussière du désert.

La scène met en lumière une société profondément structurée par le pouvoir royal. Après la mort du pharaon, la reine cherche à préserver son autorité en contrôlant l’avenir de sa fille. Elle refuse de la laisser se marier librement : seule une union avec un nouveau pharaon pourrait garantir la continuité du pouvoir. Le mariage devient ainsi un enjeu politique et dynastique. Face à cette stratégie, Tanoué Kamani, venu du Soudan, doit prouver sa valeur pour espérer accéder au trône et conquérir la princesse. À travers ce récit, le film rappelle combien la figure du pharaon occupait une place centrale dans la société égyptienne, en étant vu à la fois comme souverain politique et figure sacrée.
La dimension religieuse apparaît également essentielle. Dans l’Égypte antique, la vie quotidienne et le pouvoir étaient étroitement liés aux divinités. Les Égyptiens rendaient hommage à de nombreux Dieux, comme Khnoum, Dieu associé aux cataractes du Nil, Osiris, maître du royaume des morts, symbole de résurrection et d’éternité, ou encore Amon-Rê, considéré comme le roi des dieux. Offrandes de fleurs, sanctuaires entretenus et prières rappellent l’importance des rites religieux dans la stabilité du royaume et dans la légitimité du pouvoir.
Mais l’image raconte aussi l’attachement du peuple à certaines valeurs. Dans la Haute-Égypte, les habitants reconnaissent la sagesse et la bienveillance du jeune souverain, qu’ils finissent par sacrer pharaon. Le récit souligne ainsi qu’au-delà de l’héritage royal, le pouvoir peut aussi se construire grâce au courage, à la justice et à la confiance du peuple.
Cette attention portée aux cultures du monde est au cœur du travail de Michel Ocelot. Depuis plusieurs décennies, le réalisateur s’impose comme une figure majeure du cinéma d’animation français en explorant différents imaginaires culturels. Dans Kirikou et la Sorcière, il s’inspire de contes d’Afrique de l’Ouest ; dans Azur et Asmar, il mêle influences européennes et orientales. Son cinéma se distingue par une volonté constante de valoriser la diversité des récits et des traditions visuelles.
Avec Le Pharaon, le Sauvage et la Princesse, Michel Ocelot poursuit ce voyage artistique et invite le spectateur à redécouvrir l’Égypte antique à travers le prisme du conte. Entre histoire, mythologie et imaginaire, l’image rappelle pourquoi cette civilisation continue de fasciner : un monde où les dieux, les souverains et le peuple participent ensemble à la construction d’un récit millénaire.
MAILLOT Liv et HAMON Jeanne