Le Caire sur grand écran

Dans une salle attentive, Louise Carlotta nous plonge dans l’atmosphère du Festival International du Caire (CIFF). Loin de l’image parfois distante que l’on associe aux grands festivals internationaux, elle décrit un événement vivant, bruyant, traversé par les réactions du public. Au Caire, les spectateurs commentent, applaudissent, débattent parfois en pleine projection. En bref, le cinéma devient une expérience collective, où l’on partage ses réactions. Une vision opposée à celle de certains festivals européens, souvent plus feutrés, où l’on observe les films avec retenue.
Avec près de 45 000 billets vendus l’an dernier, le festival s’adresse d’abord au public égyptien. Cette dimension populaire change notre compréhension de cet évènement : la programmation ne cherche pas que le prestige ou de grands noms, mais des œuvres capables d’ouvrir des échanges, de toucher le public et provoquer des discussions en sortant de la salle.
Louise Carlotta insiste aussi sur la place accordée aux cinémas arabe et égyptien. D’un point de vue international, ces films restent souvent en marge, moins visibles que les productions occidentales, américaines notamment. Au Caire, ils occupent le centre. Le festival sert alors de vitrine pour des petits réalisateurs confrontés à des difficultés de financement, de production ou de diffusion.
Mais en l’écoutant, il est impossible d’ignorer le contexte plus large dans lequel se déroule cet événement. En Égypte, la culture prend vie dans un espace surveillé, où la liberté d’expression est plutôt restreinte. Dès lors, un festival international prend une signification particulière. Sans se présenter comme un lieu de contestation, il ouvre malgré tout des espaces de parole, de représentation et de créations d’idées.
C’est sans doute ce contraste qui rend l’intervention marquante. Derrière les chiffres, les sélections et les tapis rouges, il y a ce qui se dit et ce qui ne peut pas se dire. Louise Carlotta nous montre un festival traversé par les réalités de son pays : entre ambition culturelle, contraintes politiques et désir très concret de faire vivre le cinéma auprès du plus grand nombre, comment peut-on concilier cette volonté dans le paysage égyptien ?
On vous invite à découvrir l’interview exclusive plus bas.
Milon Flora, Benkhelfallah Sabrina, Weninger Alisson