Rencontre avec Carlotta Louise accompagnée de Mohamed Saeed au cœur du Festival international du film du Caire
Chaque année, des milliers de festivals culturels sont organisés à travers le monde. Parmi eux, si la musique et la littérature occupent une place importante, le cinéma s’impose lui aussi comme un acteur majeur, représentant à lui seul près d’un quart de ces événements. Ces festivals demandent une organisation rigoureuse ainsi qu’une sélection exigeante et encadrée. Mais qui assume une telle responsabilité ?
Pour mieux comprendre les coulisses de cette mission, nous avons rencontré Carlota Louise, directrice artistique du Festival international du film du Caire (Cairo International Film Festival), ainsi qu’une partie de son équipe. Cet entretien s’est déroulé le lundi 30 mars au Caire, dans les bureaux du festival.
Festival cinématographique majeur de la région du Moyen-Orient, le festival du Caire est le seul événement de cette zone à être accrédité en catégorie A par la FIAPF, la Fédération internationale des associations de producteurs de films, qui classe les festivals de cinéma les plus prestigieux au niveau mondial. À travers son rôle de directrice artistique, Carlota coordonne cette sélection complexe de films, où chaque choix dépend d’un équilibre entre vision artistique, contraintes du festival et préférences du public
Être directrice artistique, ce n’est pas uniquement sélectionner des œuvres. C’est construire un tout cohérent à partir de plusieurs éléments : suivi des festivals internationaux, contacts personnels avec des cinéastes. La sélection doit trouver un équilibre entre titres déjà présentés à Cannes ou Berlin et films plus accessibles, capables de susciter l’attention sans avoir été exposés mondialement. « Nous essayons d’avoir une sélection qui balance tout — des titres internationaux, des films arabes, européens et égyptiens — pour mettre en lumière des cinémas que l’on ne voit pas forcément ailleurs », résume Carlotta Louise. La programmation se fait autour de plusieurs compétitions, dont la prestigieuse Pyramide d’or, et de sections parallèles comme les Horizons, où documentaires, fictions et animations ne forment qu’une seule et même catégorie.
Malgré tout, la sélection obéit à une règle fondamentale : les films doivent être présentés en première mondiale ou régionale dans la zone MENA (Moyen-Orient). Elle assure la nouveauté de la programmation pour le public local tout en donnant au festival un rôle d’acteur majeur pour le cinéma mondial. Carlotta Louise affirme tout de même parfois s’en détacher quand l’importance d’un film ou d’un sujet abordé le justifie. L’an dernier, le film de clôture The Voice of Hind Rajah avait été projeté la veille à Doha. « Nous avons décidé de collaborer avec Doha parce que nous estimons que c’était un film vraiment important. Nous ne voulions pas qu’une règle trop rigide nous empêche de le programmer », explique-t-elle.
Ce qui guide les choix de Carlotta Louise, ce ne sont pas seulement les critères de sélection ou les règles, mais c’est également le public. « Le festival est pensé pour l’industrie, mais aussi pour le voisin qui veut simplement regarder un film », confia-t-elle. Le public cairote voit le cinéma comme un partage, une expérience collective, ce qui se ressent lors des projections. « Le public ici est vraiment engagé. Il rit, il commente, il crie. C’est une expérience collective,et pour moi, c’est ce qui rend le Caire si particulier. » Avec plus de 45 000 billets vendus l’an dernier, dans un pays où les salles indépendantes restent peu nombreuses, le CIFF représente bien plus qu’un simple festival, mais une porte vers la liberté.
Esther Mabilais-Le Deit, Yasmine Larbi, Lucie Gueret, Solène Said