| | |

Quand Hollywood s’invite au Caire.

Au début, il y a un manque.
Pas un manque de salles elles existent : grandes, bruyantes, pleines de blockbusters mais un manque de films. Ceux qui font réfléchir, dérangent, ou simplement racontent autre chose.

Youssef Shazli les connaît, ces films-là. Il les voit ailleurs, dans d’autres pays. Mais en Égypte, ils n’existent presque pas à l’écran. Alors à 23 ans, il décide de ne plus attendre.

Salle de cinéma, Cinéma Zawya, 15 Emad El-Deen, Oraby, Al Azbakeya, Cairo Governorate 4320111, Égypte

Une salle minuscule, puis trop pleine

Zawya commence petit. Très petit. : Une salle d’environ 70 places, presque discrète. Rien à voir avec les grands complexes inspirés du modèle américain. Ici, pas de logique de masse, pas de blockbuster en boucle. Juste des films choisis, et un public qui vient pour ça.

Et contre toute attente, ça fonctionne.
Très vite, les places manquent. Pas parce que le projet devient “à la mode”, mais parce qu’il répond à quelque chose qui n’existait pas. Une envie collective. Un besoin.

En 2018, la petite salle ne suffit plus. Zawya grandit, passe à plus de 300 sièges. Mais au fond, le défi reste le même : garder cette identité, sans se faire absorber par le modèle dominant.

Faire du cinéma… sans vraiment en avoir les moyens

Derrière l’image du cinéma indépendant, il y a une réalité beaucoup moins romantique.

L’économie égyptienne est instable. La monnaie perd de sa valeur. Et surtout, la billetterie ne suffit pas : elle couvre à peine 30 à 40 % du budget. Le reste ? Il faut le trouver ailleurs. Soutiens européens, aides extérieures… rien n’est vraiment garanti.

Même le lieu n’appartient pas à Zawya. Ce sont des locataires. Dans une ville en transformation, marquée par la gentrification, tout peut basculer vite.

Montrer… mais pas tout

Et puis il y a ce qu’on ne dit pas directement, mais que tout le monde comprend. Certains films passent, d’autres non. Pas officiellement interdits, mais compliqués, sensibles.

Alors il faut s’adapter. Trouver la limite sans jamais vraiment la franchir. Programmer des films qui parlent du monde… sans parler trop frontalement de la politique égyptienne.

C’est un jeu d’équilibre constant. Et chaque projection devient presque un choix.

Créer un espace, au-delà des films

Zawya ne se résume plus à une simple salle de cinéma. Avec le temps, le lieu s’est imposé comme un véritable point de repère, presque une habitude pour une partie du public cairote, jusqu’à former une communauté fidèle. Chaque année, il accueille notamment un festival de cinéma européen, rassemblant des dizaines de films et plusieurs milliers de spectateurs. 

Mais au-delà des chiffres, c’est surtout l’idée d’ouverture qui marque : Zawya propose une respiration, un espace différent. On n’y vient pas seulement pour regarder un film mais pour découvrir d’autres récits, d’autres regards et vivre une expérience qui dépasse la simple projection. 

Au fond, Zawya ne renverse peut être pas le système. Mais il fait quelque chose de plus discret, et sans doute de plus dérangeant : il prouve qu’un autre cinéma peut exister. Et une fois que tu l’as vu…c’est impossible de faire comme si tu ne savais pas.



Milon Safiya, Sabrina Benkhelfallah

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *