« Ici, vous êtes en France »
Peut-on représenter la France à l’étranger sans imposer sa culture ? Lors d’une intervention à laquelle nous avons assisté au Caire, le directeur de l’Institut français du Caire, Éric Lebas a dévoilé les coulisses d’un lieu bien plus stratégique qu’il n’y paraît.

Institut français du Caire (salle de réunion) – Rencontre avec Éric Lebas, attaché culturel de l’ambassade de France.
Dès les premières minutes de l’intervention la phrase tombe presque comme une évidence : « Ici, vous êtes en France. » Dans une salle pourtant bien ancrée au Caire, au cœur du quartier populaire de Mounira, l’affirmation intrigue. Elle attire l’attention, mais elle simplifie une réalité beaucoup plus complexe.
Deux réseaux, une même stratégie
L’Institut français du Caire dépend du service culturel de l’ambassade de France en Égypte. Il s’inscrit dans une stratégie globale de diplomatie culturelle, qui consiste à utiliser la culture comme un outil de dialogue.
Le système repose sur deux réseaux complémentaires : les instituts français, directement liés à l’État ainsi que les alliances françaises, plus indépendantes et ancré localement.
Depuis la réforme de 2011, l’objectif est clair : harmoniser l’action culturelle extérieure de la France. Avant, plusieurs structures coexistaient ; aujourd’hui, tout est centralisé autour d’un réseau unique, plus cohérent.
Du français… mais pas seulement
Implanté à Mounira, avec des antennes à Alexandrie et Héliopolis, l’Institut ne se limite pas à enseigner le français. Certes, des cours sont proposés dans différents quartiers comme Sheikh Zayed ou New Cairo, mais ce n’est qu’une partie de ses missions.
L’Institut intervient aussi dans des domaines plus larges : coopération avec les sociétés civiles, projets liés à la gouvernance, ou encore gestion de situations sensibles. On est donc loin d’un simple centre culturel : c’est un acteur diplomatique à part entière.
L’Égypte, nouveau centre pour apprendre l’arabe
Un autre aspect marquant est le développement du département d’arabe contemporain. Chaque année, environ 160 étudiants viennent en Égypte pour suivre des programmes intensifs, souvent sur deux semestres.
Ce choix s’explique aussi par le contexte géopolitique : certains pays comme la Syrie ne sont plus accessibles, ce qui renforce le rôle de l’Égypte comme pôle majeur d’apprentissage.
Créer plutôt que diffuser
Contrairement à une idée reçue, l’objectif n’est plus de “diffuser” la culture française. Le directeur insiste sur un point : aujourd’hui, il s’agit surtout de coopérer.
À cette dimension académique s’ajoute un véritable soutien à la création. L’Institut développe des programmes de résidences artistiques, ouverts à des artistes du monde entier, sélectionnés sur dossier. Mais cette sélection ne sert pas simplement à “choisir les meilleurs”.
Elle permet surtout de repérer des projets capables de s’inscrire dans un contexte local et de créer du lien. Une fois retenus, les artistes sont accueillis pendant plusieurs mois pour développer un projet de recherche ou de création sur place, souvent en lien avec des partenaires locaux. Ils bénéficient généralement d’un accompagnement professionnel, d’un espace de travail, et parfois d’un financement ou d’une prise en charge du séjour.
Et au fond, une question reste. Si la culture est un outil d’influence, alors où s’arrête l’échange, et où commence le pouvoir ?

المركز الثقافي الفرنسي 26MP+H4X, Al Inshaa WA Al Munirah, El Sayeda Zeinab, Cairo Governorate 4262026,Égypte
Sahoua Bley Sbrana, Safiya Milon, Alisson weninger, Sabrina Benkhelfallah