|

Quelles exactions du régime égyptien contre la culture ? 

Le centre-ville du Caire, lieu clé de la révolution de 2011 a été nettoyé de toute forme artistique alternative. La peur du régime de voir une nouvelle révolution est immense. Par conséquent, le dictateur Al Sissi tente de tuer dans l’œuf tout discours contestataire pouvant naître grâce à l’art. 

Le centre culturel du Darb 1718 / Photo par Liv Mayo 

En 2011, la révolution intensifie l’activité culturelle du Caire. Mais l’année 2013 est un coup de frein majeur pour la liberté de créer. Depuis la prise de pouvoir du dictateur Abdel Fattah Al Sissi. Le régime n’a eu de cesse de s’attaquer à la création contemporaine.

Cette volonté d’éteindre la flamme artistique se traduit par la destruction de lieux influents ainsi que des pressions sur les acteurs du monde culturel. 

Dès 2011, la rue Mohamed Mahmoud se couvre de graffitis à portée politique et contestataire. Problème, la rue débouche sur la place Tahrir, là où la révolution a débuté. C’est sous la présidence de Mohamed Morsi que les premières actions pour effacer les fresques ont lieu. Des travaux pour rénover une partie de l’Université Américaine du Caire nécessitent la destruction du mur sur lequel reposent les œuvres. A l’époque, les artistes répondent en repeignant de nouveau. C’est en 2013, à l’arrivée d’Al Sissi au pouvoir, que la répression s’intensifie. 18 graffeurs sont condamnés pour “vandalisme”, “manifestation sans permission” et “émeutes”. Certains quittent le pays, d’autres abandonnent la pratique artistique. Aujourd’hui, graffer est devenu très dangereux au Caire. Des œuvres peuvent être vues dans des zones en périphérie, où la surveillance est moins intense. 


Mais les attaques du régime ne concernent pas uniquement le street art. En 2014, le festival El-Fan Midan est annulé pour des “questions de sécurité”. Créé en 2011, il réunissait tous les mois des artistes indépendants, des ONG et était totalement gratuit. Une initiative que le régime ne pouvait pas supporter. Le festival avait lieu sur la place Abdeen, à moins de 20 minutes à pied de la place Tahrir… Depuis, rien n’a été organisé.

Si l’art dans la rue est attaqué, la répression concerne aussi des espaces clos. 

Toujours dans le centre ville, la galerie Townhouse fondée en 1998 avait pour but de diffuser l’art contemporain au plus grand nombre. En 2015, des raids policiers ont largement ébranlé l’institution. Elle a par la suite fermé. La galerie était pourtant un espace de sociabilité conséquent pour les artistes. Des concerts, expositions et des tournages étaient organisés. Le Canadien William Wells, son fondateur, a été interdit de se rendre en Égypte à partir de 2018. Aujourd’hui, une partie des locaux est possédée par une compagnie immobilière privée, Al-Ismaelia for Real Estate Investment. Cette dernière loue l’espace alloué aux expositions. En capitalisant sur l’aura artistique du quartier, l’entreprise participe à gentrifier les alentours.

En 2024, le Darb 1718 s’est fait partiellement raser à coup de bulldozer avec plus de 150  œuvres d’artistes du monde entier. Une décision justifiée par les autorités par le besoin d’élargir une voie rapide… De plus, aucun préavis n’a été donné aux dirigeants et il n’y a bien sûr pas eu de dédommagement. 

6 janvier 2024 : photo partagée sur les réseaux sociaux du Darb 1718  

Fondé en 2008 par l’artiste et activiste Moataz Nasr, le Darb est un lieu d’expression pour les artistes émergents égyptiens et internationaux. Si une partie du centre à été détruite, le Darb existe toujours, et continue d’accueillir artistes et expositions. Il a le mérite de se trouver relativement loin du centre ville, dans le quartier de Fustat. Il est cependant surveillé constamment par le régime, qui voit d’un mauvais œil le Darb 1718 lui résister. 

Erwan Gerspach 

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *